J'ai longtemps affirmé que j'aimais trop les livres pour avoir l'envie d'en écrire un. Avec le temps, cette envie s'est faite trop pressante et cet élan de rédaction a été le seul moyen que j'ai trouvé pour exorciser mes angoisses adolescentes. Peut-être me permettra-t-il de colmater le trou béant qui fait saigner mon coeur jusqu'à le faire expirer. Mais bien avant l'écriture les Placebo m'ont permis en grande partie d'arrêter l'hémorragie; mais attention pas quelque "remède qui rassure, indépendamment de ses effets". Non non il s'agit bien içi d'une guérison par la musique et donc par le groupe éponyme à cet étrange phénomène médical: Placebo. Leur substance artistique à eux n'est pas restée sur moi inactive, bien au contraire. Placebo c'est à la fois l'un de mes plus grands bonheurs et l'une de mes plus grandes sources d'interrogations, de mystère. Car mystèrieuse finalement je suis.
Aux yeux de quelques personnes, je passe pour la déjantée farfelue, la marrante de service toujours prête à faire les quatre cents coups. Mais pour la majorité des gens de mon entourage je suis une jeune femme taciturne, toujours discrète, presque étrange, aimant le silence et la solitude. Sous la carapace, il y a toujours la petite fille apeurée par la vie qui voudrait retrouver son paradis perdu de l'enfance.
Je suis comme ce petit être accroché à son micro et qui n'a que son maquillage sombre et sa guitare pour camoufler son malaise. Lui...Lui il m'a involontairement aidée à amorcer ma remontée vers la lumière quand j'en avais le plus besoin. Lui il me permet inconsciemment de me (re)construire un peu plus chaque jour. Lui il est Brian Molko, mon double masculin, mon grand frère imaginaire. Si différents et malgré tout si semblables. Lui fût un ado secret qui eut tout pour être heureux mais qui justement n'aspirait pas à cette vie préfabriquée et qui souffrait en silence; car apparement cela ne se fait pas d'avoir un "bleeding heart" quand on est la personnification de la future réussite familiale. La famille, sujet complexe aussi bien pour Brian que pour moi. En effet nous sommes tous deux issus de lignées au sein desquelles les membres sont si hétéroclites que le petit dernier s'en retrouve irrémédiablement perdu. Vous ne pouvez alors que vous taire et attendre que votre malaise passe. C'est sûrement ça le problème: jouir d'une richesse matérielle et affective si grandes qu'elles finissent elles-mêmes par vous affecter.
Mais grâce à lui j'ai un peu moins mal au coeur car il a su exorciser les maux par des mots déposés sur quelques notes.
Cléo


