Une main frôle sa chevelure dorée, tressée pour l'occasion. Le temps de rouvrir ses paupières défoncées et c'est son regard qui plonge tout entier dans celui du grand blond aux yeux verts qui vient de l'accoster. Lutter. Feindre l'indifférence. Plus que tout. Malgré tout. Pour ne pas replonger à corps perdu dans cette histoire d'amour si récente, si destructrice mais pourtant si passionnée et passionnelle. Ne pas trembler. Une bise, puis deux, puis trois, tout près des lèvres, comme à chaque fois. A son tour Elle frôle son bras fort, puissant qui essaye de la toucher pour Lui faire regretter de l'avoir larguée. Tous ces gestes se font pour se manipuler. Chacun d'eux est calculé mais se fait paradoxalement à la limite de l'inconscient. Comme si de rien n'était.
Lui repart dans les méandres de la nuit ; Elle s'enfuit en direction du bar où Elle a enfin repéré ses amis. Les retrouvailles sont enjouées, Elle est détendue, en sécurité dans cet univers de nuit qui lui est si familier. Elle fait rire et profite de son improbable popularité. Elle a toujours plus que tout cherché à être aimée. Mais Elle a beau s'enfiler des verres d'alcool fort sans les compter, son esprit est toujours aimanté à sa silhouette, à Lui qu'elle voit évoluer entre la piste de danse et le bar. Regards en coin pour indifférence trop bien jouée, ils se sont enfermés dans leur bulle que personne pendant cette soirée n'aurait pu remarquer. Il revient.
T'auras cas venir boire un verre à ma table, quand tu voudras.
Ok. Pourquoi pas. On verra.
Surtout ne pas y aller tout de suite. Se faire désirer. Quelques discussions amicales plus tard-à parler musique, jeunesse et excès en tous genres-elle rejoint la piste de danse située quelques marches plus haut. Son t-shirt sexy blanc et noir fait virevolter ses volants autour d'elle tout comme ces hommes qui l'approchent de plus en plus. La promiscuité ne fait que d'avantage l'exciter. Elle plait. C'est tout ce qui compte. Elle rit. Sa tête embrumée tourne autant qu'elle se sent pousser des ailes d'invincibilité. Lui est assis sur une banquette de velours rouge sombre, deux verres à la main. Elle jouit de lui montrer combien elle aime jouer avec son côté prostituée qu'Il ne connaissait jusque là, toujours pour lui faire regretter de l'avoir larguée. Quelques minutes interminables et Le voilà qui lui fait signe de venir partager ce verre précédemment promis. Pour pousser à l'extrême sa préciosité calculée, elle le darde du regard, maquille son visage d'une expression d'étonnement et l'accompagne d'un geste de la main tourné vers elle-même, comme pour bien s'assurer que c'est à elle et rien qu'à elle qu'il veut parler.
Démarche assurée couplée aux rubans de son t-shirt qui sont retombés, Elle s'avance, saisit le verre et s'assoit élégamment sur le pouf juste en face de Lui. Elle s'en veut, un peu, de lâcher ses autres amis en début de soirée mais n'a plus aucune envie de lutter contre ses fantasmes à peine camouflés. Elle veut juste vivre pour eux deux, qu'importe les autres. Ils échangent quelques mots. Leurs visages se rapprochent. Leurs hormones sont alors plus puissantes que leur volonté. Mais après tout, c'est bien ce qu'ils attendaient, ce qu'ils cherchaient. Elle boit son verre d'une unique gorgée ; le liquide lui brûle la gorge et elle aime ça. Puis elle le dépose sur la table la plus proche. Un instant de pseudo-inattention et Le voilà qui passe sa main sur sa chevelure dorée, la fait s'asseoir sur ses genoux sur et face à lui, et l'embrasse à pleine bouche dans un élan alcoolisé. Ils partagent une intensité jamais égalée. Toujours en partie embarquée dans le rôle qu'elle s'est crée, Elle passe sa main sous le pull sombre et le jean qui vient de s'humidifier. Lui aussi se met à la tripoter ; c'est à cet instant que stratégiquement Elle décide de s'éclipser. L'odeur d'urine provenant des wc lui remonte dans la gorge alors Elle s'asperge les cheveux d'eau glacée en fixant ses pupilles dilatées dans le miroir tagué d'insultes porno et fissuré. Elle sait encore avec lucidité qui elle est et ce qu'elle fait mais est envahi par une étonnante chaleur qui s'infiltre dans son corps tout entier.
Elle retrouve celui qui ne fait que la désirer, bien qu'il l'ait larguée. Il est assis là, à l'entrée, le regard perdu dans le vide. Sans aucun mot, elle passe devant Lui, il saisit sa petite main fragile et l'entraîne à l'extérieur. Les marches pour sortir de cette discothèque installée dans un ancien manoir leur apparaissent dédoublées, le froid leur brûle la peau et les plaques de glace sur le parking manquent de justesse de les faire s'étaler. Peu importe : Il lui entoure les hanches, ils s'agrippent l'un à l'autre, rient de leur état d'ébriété bien avancé. Il s'amuse à la laisser deviner où il est en train de l'emmener. A l'arrivée, entre deux remontées d'alcool, Elle découvre une minuscule caravane délabrée derrière une barricade de bois posée au milieu d'un jardin envahit par les ronces. Il prend soin de cadenasser derrière eux la porte d'entrée alors qu'il la sent qui commence à le déshabiller dans l'obscurité.
Leurs gestes sont rapides et précis. Leurs corps se connaissent par c½ur. Contrairement à leurs ébats passés, Elle se met à lui parler, lui balancer tout ce qu'elle voudrait qu'ils se fassent, sans arrêt. Quant on veut on peut : elle s'était promise de le remettre dans son lit et de lui faire dire qu'il l'aime toujours. Elle l'a fait. Il l'a dit. C'est tout ce qui comptait. Il neige dehors mais la chaleur à l'intérieur est à la limite du supportable. Leurs matières ne font plus qu'une. L'odeur de sperme se répand dans l'air autant qu'il se déverse en Elle et entre les draps miteux. Elle lui avait promis une nuit de bestialité. Le voilà comblé. Il la mordille, plonge son visage dans ses longues boucles dorées désormais détressées. Elle le griffe, le lèche en empoignant ses cheveux rêches de gel coiffant. Encore. Plus fort. C'est comme s'ils redécouvraient une face d'eux normalement cachée. Peut-être un nouveau départ pour eux. En tous cas ils semblent vouloir y croire. Malgré leur violence appréciée, Il entre en Elle avec plus de tendresse qu'elle n'aurait pu espérer. Les langues s'enlacent et leurs longs corps anguleux s'embrasent. Les os de leurs hanches se cognent à la cadence des va-et-vient. Lui a la respiration saccadée et Elle se laisse aller à gémir de plaisir les quelques fois où elle n'a pas parlé.
La nuit passe, les amants vivent avant de sombrer dans un sommeil bourré d'endorphines. Leurs molécules de bonheur atteignent leur paroxysme. Au dehors, l'obscurité fait place à un soleil gelé. Lui dort encore. A ses côtés Elle retrouve cette si familière sensation de légèreté dans un corps courbaturé et un cerveau défoncé. Des plaques de rougeur se dessinent sur leur peau. Elle sent un goût âpre de sang et de sperme dans sa bouche. Il semble si calme, si loin dans le royaume de Morphée comme s'il n'allait plus jamais se réveiller. Pas même les clefs tournant dans la serrure de la porte de la caravane ne le sortiront de sa léthargie ; le propriétaire-un de ses amis à Lui-revenait en compagnie de ses deux meilleurs potes apparemment bien agitée pour eux aussi : dans la boite, la soirée s'était terminée en bataille générale. Les trois jeunes hommes encore embrumés échangèrent ce qui ressemblait vaguement à une discussion avec Elle.Ils lui firent même quelques propositions pour le moins déplacées-puis refusées- pendant qu'ils prenaient plaisir devant un film porno. Tous aussi fatigués, ils finirent par s'effondrer sur le lit défoncé. Qu'elle aimait cette masse de testostérone si près; mais pourtant c'est dans les bras de son Endormi qu'elle finira la nuit.
Parce que Lui sera pour toujours son meilleur ennemi, son amant tant aimé. Envers et contre tout. Parce qu'Eux deux, quoi qu'il arrive, cela sera pour la vie.
Cléo.
