La nuit avance mais, encore, je pense. J'exorcise par l'écriture. J'aime ce sentiment de victoire sur moi-même. J'ai l'impression que le filtre à paroles qui s'invite en moi chaque journée se fait alors plus discret. Le stylo traduit mes plus profondes pensées sans que je ne puisse l'arrêter ; parce qu'il est mon épée et mon bouclier, parce que souvent je n'ai aucune envie de parler.
Le jour commence à se lever. Dans la psyché désormais je ne peux quitter du regard les deux étincelles dans les prunelles de cette petite fille intriguée. J'ai cru comprendre que ces lueurs qui m'observaient voulaient, et me couver, et m'encourager. En elles, je tentai de lire dans cette âme clignant à la fois obscurément de détresse et lumineusement d'orgueil. Mais que peut-il bien se passer de si extraordinaire dans ces grands yeux bleus ? Ce mystère, peut-être le comprendrai-je demain, durant cette autre insomnie que personne (et surtout pas moi) n'a jamais comprise. Je sais seulement que le petit être fantomatique que je redécouvre chaque soir sera toujours là quand il fera trop noir, avec son regard énigmatique et critique.
Cléo
