Ce texte épistolaire, je l'ai rédigé il y a maintenant un an. Il est un exemple de ce qu'aurait pu écrire Marie, la fille à qui est destiné le texte de Victor Hugo Le dernier jour d'un condamné (XXVI, 1829) ; à sa lecture j'en fût littéralement bouleversée. C'est pourquoi j'ai voulu m'interroger sur le sujet bien que je ne partage pas nécessairement le point de vue de la narratrice face à la peine capitale.
Monsieur,
Je me suis enfin décidée à prendre ma plume en cette morose soirée d'hiver pour vous remémorer le dernier jour de l'un de vos trop nombreux condamnés. Par avance, veuillez m'excuser pour ces quelques mots qui pourront peut-être vous paraître insignifiants et déplacés mais comprenez-moi : vous avez condamné mon père voilà maintenant vingt-sept ans. Aujourd'hui, je viens de brûler ma trentième bougie et de découvrir par la même occasion l'existence de la dernière lettre qu'a écrit mon père avant sa condamnation ; ou plutôt devrais-je dire votre condamnation, car après tout c'est vous et vous seul qui avez prononcé les mots à l'origine de nos maux, à mon père et moi. Les vôtres comme les nôtres sont pareils à la lame impitoyable de la guillotine : nets, brutaux, froids, destructeurs, glacés.
Glacés à la manière de son cadavre qui fût ensuite envoyé à la morgue pour certainement subir quelque expérience et autre dissection « pour le progrès scientifique ». Mais comment peut-on prétendre progresser quand l'espèce humaine elle-même se retrouve au seuil primaire de sa bestialité ? Une question que Papa s'est souvent posée et que je me pose à présent. Mon présent qui a d'ailleurs été la principale cause d'inquiétudes et de souffrances exprimée dans sa dernière lettre ; il y rédige de nombreuses préoccupations et interrogations auxquelles je ne répondrai sans doute jamais.
La Justice, elle, aurait certainement pu parler à la place de cette petite innocente que j'étais. Si seulement vous l'aviez laissé s'exprimer...n'est-ce pourtant pas le fondement même de votre métier ? Vous prétendez parler en son nom mais qu'y a-t-il de plus injuste que de compenser la fin tragique d'un homme par celle d'un autre, et ce, de plus, sans aucune preuve ? Réfléchissez un instant et pensez que le véritable assassin, et bien c'est vous. Pourquoi ne pas avoir opté pour l'alternative de prison à perpétuité ?
De toute évidence, je ne comprendrai jamais cette logique d'absurdité. Mais, après tout, que valent les mots d'une enfant de trente ans désespérée face au long plaidoyer d'un juge sans pitié ?
Sur ces quelques lignes de fille de condamné, je vous prie malgré tout de méditer. Je m'en vais pour ma part voir mon père reposant à Clamart...
Marie
PS : aucune réponse de votre part n'est souhaitée.
Je veux désormais que l'on nous laisse simplement en paix.
Cleo