°infiniment adolescent°

°infiniment adolescent°
Tel un hérisson sortant ses piques pour mettre en boule
ses émotions ;
Tel un escargot s'enfermant dans sa coquille quand
on l'approche un peu trop ;
Tel un oiseau migrateur rêvant de voyages, de hauteur,
de bonheur ;
Tel un petit chimpanzé, pour lui l'amitié est une
valeur sacrée ;
Tel un lionceau apprenant à se servir de ses griffes
aussi maladroitement qu'opiniâtrement ;
Tel un cheval fougueux qui voudrait toujours se
sentir au mieux ;
Tel un chat en émoi s'exprimant au moyen de
« lâchez-moi » ;
Tel un innocent moineau il rêve de liberté mais
a peur du grand saut ;

Tel un p'tit bout d'adulte confiant en grande partie
encore enfant ;
l'adolescent est le seul être vivant que les adultes
frustrés n'ont jamais su apprivoiser.

Mais lui-même, sait-il vraiment qui il est ?

Cleo

merci Elo pour la photo :)

# Posté le samedi 19 novembre 2005 12:43

Modifié le samedi 19 novembre 2005 17:48

la marginale

la marginale
Chaque matin se lever ; s'habiller ; déjeuner ; descendre la rue, comme mon esprit, embrumée ; et retrouver la « maison ambulante de pensée », ce grand car allemand toujours impressionnant en dépit de tant d'heures à nous faire voyager. Que j'aimais cette odeur, ce bruit moelleux du moteur mêlé au bourdonnement presque incessant des conversations des autres adolescents, beaucoup plus lucides pendant ces moments-là que moi. Cette atmosphère aussi je l'aimais ; je savais que même si je ne me plaçais ni tout à fait devant ni avec eux derrière pour marquer ma marginalité, j'avais malgré tout besoin d'eux. Mais je n'avais pas envie d'être comme tous ces pantins manipulés, un jouet du destin. Paradoxe vivant. Je prenais alors avec un brin de nostalgie conscience de la densité du Temps. Oui j'ai toujours été une solitaire et oui j'aime cela : être seule le plus souvent possible. Aller vers les autres pour pouvoir mieux m'en séparer après et apprécier ces moments de liberté. Et là, emmitouflée dans mon sombre manteau douillet, je tentais de m'envoler vers les étoiles qui me regardaient par la simple pensée. Sur la vitre un reflet se dessine ; cette peau de neige ponctuée de quelques balafres comédoneuses. Mes « tâches de rousseur éphémères » comme je les appelle. Comme des auréoles de sang abandonnées sur le manteau d'hiver. Elles sont les preuves que, malgré ma trop grande maturité intérieure, je suis, que je le veuille ou non, encore très jeune à l'extérieur. Et j'ai peur. Impossible de détacher mes yeux perdus dans leur propre bleu ; un peu comme si je souhaitais enfin me trouver un endroit dans lequel mon visage se fondrait, comme sur un tableau, dans le paysage. Ce paysage et ce vent glacé qui se faufilait dans les interstices de la fenêtre lacérée par le poids des années à la manière de ma conscience qui s'engouffrait dans les moindres recoins du labyrinthe tortueux de mon esprit. En parfaite adéquation avec ma subjectivité et ma lenteur pour l'expliquer ; que j'aime philosopher. Conscience des sens pour esprit en absence.
Picotements de nez... « à tes souhaits »...regards croisés...sourires esquissés...retour à la pensée...marginalité. Jusqu'au moment où je devrais me raccrocher à la réalité et arrêter provisoirement de trop rêver.
Cleo

# Posté le dimanche 20 novembre 2005 08:32

Modifié le mardi 12 juin 2007 13:30

Pequeña Sardina

Pequeña Sardina
Una sardina. Eres una sardina » dijo una prima. Una pequeña sardina con espinas demasiado poco fuertes para poder sostener su gran imaginacion. Puesto que ella vive en su propio mundo, compuesto de sueños...Pero necesita la presencia de sus colegas para no perderse en las olas de su reflexion. Aunque no le admiten.
Una sardina que abre su boca solo para respirar pero que guarda los ojos bien abiertos sobre la realidad ; a menudo ve precisamente en la realidad ciertas cosas que los otros no cogan el tiempo de mirar. Con sus ojos saltones, permite al mundo descubrirla mientras dejandole entrar al interior de su alma. Su alma al imagen del gran rio donde vive y que intenta volver a subir. Una Alma azulada. Quiere descubrir, terminar su viaje esparcido de obstaculos. Pero tiene miedo, ?de estar decepcionada??de no tener tiempo aprovechar la vida? No sabe pero tiene miedo y no puede créer que este sentimiento de duda durara por toda su vida. Lo descubrira cada dia...
Es seguro, yo soy ella.

Nb: en espagnol, les jeunes filles de 16-17 ans sont surnommées "sardinas"

Cléo

# Posté le lundi 28 novembre 2005 12:25

Modifié le mardi 12 juin 2007 13:30

'Lueur intérieure'

'Lueur intérieure'
Soudaine envie d'écriture en ce long soir d'hiver sans trop vraiment savoir ce que je vais encore pouvoir raconter, ce qui vaut la peine d'être rapporté au sujet de la journée écoulée. Seule dans ce grand centre de documentation vide du lycée hormis deux autres étudiants tuant le temps en fraudant sur le net ; j'en viens presque à me demander si c'est normal de vouloir étudier en cette heure avancée de la journée alors que tous les autres préfèrent discuter, s'amuser. J'ai juste une autre façon de m'évader, eux diverses manières pour le faire s'écouler, le Temps, mais pas vraiment mes préférées. Pour plus tard les moments inoubliables de complicité, à l'internat toutes emmitouflées dans nos duvets et moelleux oreillers.
Beaucoup d'ampoules grillées, de chaises cassées dans cette bibliothèque isolée. Même les ouvrages, du haut de leur inébranlable fierté, dégradés. Ce sont eux qui me font le plus pitié. Ils sont tellement beaux alignés, couchés, en rangs serrés et même mal rangés ; toutes ces qualités qui ont fait que depuis toujours je les ai aimés. Car ces pavés de savoir donnent toujours sans recevoir, si ce ne sont justement ces trop nombreuses balafres déjà évoquées. Malgré cela ils semblent s'endormir avec le soleil qui disparaît derrière les vitres enneigées.

Mal au poignet. « Arrête un instant de rédiger ». machinalement se mettre à tourner les pages collées de mon agenda : des photos résumant ma vie par ci, les petits mots des amis griffonnés par là. Parfois ça fait quand même du bien d'être soi, juste là, comme ça. Avec la chaleur émanant de la petite lampe verte allumée à mes côtés et l'odeur indescriptible se dégageant du livre de poche retourné momentanément sous mon nez : sorte de senteur de vieille maison depuis bien longtemps fermée mélangée à celle du vieux papier imprimé.

La sonnerie qui retentit, douceur lointaine du rire d'amis, calme apaisant de la nuit, un vol de chauves-souris, la lune qui sourit, ce petit brin de nostalgie, à plus tard miss mélancolie.
Envie de dire oui à la vie.
Cléo

# Posté le mercredi 30 novembre 2005 14:01

Modifié le vendredi 22 juin 2007 09:24

Fille de condamné, être désemparé

Fille de condamné, être désemparé
Ce texte épistolaire, je l'ai rédigé il y a maintenant un an. Il est un exemple de ce qu'aurait pu écrire Marie, la fille à qui est destiné le texte de Victor Hugo Le dernier jour d'un condamné (XXVI, 1829) ; à sa lecture j'en fût littéralement bouleversée. C'est pourquoi j'ai voulu m'interroger sur le sujet bien que je ne partage pas nécessairement le point de vue de la narratrice face à la peine capitale.

Monsieur,

Je me suis enfin décidée à prendre ma plume en cette morose soirée d'hiver pour vous remémorer le dernier jour de l'un de vos trop nombreux condamnés. Par avance, veuillez m'excuser pour ces quelques mots qui pourront peut-être vous paraître insignifiants et déplacés mais comprenez-moi : vous avez condamné mon père voilà maintenant vingt-sept ans. Aujourd'hui, je viens de brûler ma trentième bougie et de découvrir par la même occasion l'existence de la dernière lettre qu'a écrit mon père avant sa condamnation ; ou plutôt devrais-je dire votre condamnation, car après tout c'est vous et vous seul qui avez prononcé les mots à l'origine de nos maux, à mon père et moi. Les vôtres comme les nôtres sont pareils à la lame impitoyable de la guillotine : nets, brutaux, froids, destructeurs, glacés.
Glacés à la manière de son cadavre qui fût ensuite envoyé à la morgue pour certainement subir quelque expérience et autre dissection « pour le progrès scientifique ». Mais comment peut-on prétendre progresser quand l'espèce humaine elle-même se retrouve au seuil primaire de sa bestialité ? Une question que Papa s'est souvent posée et que je me pose à présent. Mon présent qui a d'ailleurs été la principale cause d'inquiétudes et de souffrances exprimée dans sa dernière lettre ; il y rédige de nombreuses préoccupations et interrogations auxquelles je ne répondrai sans doute jamais.
La Justice, elle, aurait certainement pu parler à la place de cette petite innocente que j'étais. Si seulement vous l'aviez laissé s'exprimer...n'est-ce pourtant pas le fondement même de votre métier ? Vous prétendez parler en son nom mais qu'y a-t-il de plus injuste que de compenser la fin tragique d'un homme par celle d'un autre, et ce, de plus, sans aucune preuve ? Réfléchissez un instant et pensez que le véritable assassin, et bien c'est vous. Pourquoi ne pas avoir opté pour l'alternative de prison à perpétuité ?
De toute évidence, je ne comprendrai jamais cette logique d'absurdité. Mais, après tout, que valent les mots d'une enfant de trente ans désespérée face au long plaidoyer d'un juge sans pitié ?
Sur ces quelques lignes de fille de condamné, je vous prie malgré tout de méditer. Je m'en vais pour ma part voir mon père reposant à Clamart...

Marie

PS : aucune réponse de votre part n'est souhaitée.
Je veux désormais que l'on nous laisse simplement en paix.

Cleo

# Posté le vendredi 02 décembre 2005 17:15

Modifié le mercredi 08 mars 2006 10:24