Chaque mois pour elle le même rituel, ritournelle. Alors la salle de bain devient une sorte de maison-prison. Son c½ur s'accélère, son corps entier se met à trembler dans sa souffrance amère, la chaleur au dedans qui augmente irrémédiablement, insupportablement. Elle vit ses lames qui s'enfoncent dans son ventre ; elles y plongent, elles le rongent. Elle perd son sang comme elle perd ses larmes, sans le vouloir vraiment. Mal au c½ur et quelques pleurs en pensant à ce paradoxe de la vie que de souffrir pour pouvoir la donner plus tard. Les joues en feu et le c½ur au bord des yeux, dans son corps il pleut.
Deux cachets roses fluorés, une gélule bicolore et voilà qu'elle se sent vraiment dépendante de quelques grammes de médecine concentrée qui pendant quelques instants vont déployer leurs effets. A l'intérieur le Mal semble toujours mener le bal. Le monde autour se met à virevolter, tourner, lui échapper. Elle n'a alors d'autre choix que celui de s'obliger à se coucher. Lentement son corps se vide et c'est jusque dans son âme que s'immisce le liquide. Fatigue. Mais quand ses yeux veulent se fermer, ce sont des billes lacrymales qui l'obligent à rester dans la réalité de la journée. Un gant humecté et son odeur de rose sucrée semblent quelque peu calmer son front trempé. Ses mains se crispent, sa mâchoire se ferme, son regard brûle et c'est la douleur qui pullule comme une bête affamée. Elle, elle voudrait tant juste un moment l'oublier...mais elle est bien obligée de l'accepter et d'attendre le temps passer. Elle n'a pas le choix alors elle se persuade que c'est encore un coup du sort. Devant lui, elle se bat pour que son corps s'incline devant son âme. Et pourtant, qu'est ce qu'elle peut être fière d'être une femme...
CléoBriana