« bien sûr d'ailleurs cela se voit n'est ce pas ? »
Mais zut à la fin ! Pourquoi je suis comme ça ? Quant on me parle avec des phrases telles celle-là c'est toujours pendant les conversations remplies d'ironie. Parce que, comme un scarabée, sous ma carapace, je ne fais que me cacher. Les autres ne m'ont pas encore trouvée or moi je me suis déjà trop découverte et trahie dans ma complexe pathologie. Oui. Finalement peut-être suis-je vraiment malade. Je ne peux m'empêcher de cacher encore et toujours mon malaise ; je l'enferme juste, comme tous ces kilos d'aliments et de boissons que j'avalais secrètement, sous la carapace. Je me prends pour un animal, je suis définitivement peu banale, à la limite du normal. Je me fais du mal. D'après les autres je vis pleinement ma vie mais en réalité je suis à côté de celle-ci et je m'y complais. Alors pourquoi vouloir changer ? Je suis nulle part, j'ai le cafard et le « pire » c'est que j'aime ça. Et puis, si je le chéris tant que cela, pourquoi je ne l'assume pas ? Par principe, ne rien montrer de ce que l'on peut éprouver, tout garder, ainsi ai-je toujours fonctionné. Je conjugue avec lui et il fabrique ma petite vie. Il me met presque en pièces et pourtant je ne voudrais qu'il ne cesse. Je le questionne, je me cherche mais c'est comme si sous la réponse il y avait un interdit. Au moins, si autrui ne le voit ou ne le pressent même pas, les mots eux sont toujours là avec moi (tiens une autre fois encore un de ces « moi » qui n'en finissent pas). Car quand on est adolescent, on est narcissique et répugnant et que je pense que les mots sont des carburants d'esprit, des pommades réconfortantes face à une vérité angoissante, les baumes qui colmatent les fissures du c½ur soumis aux extrêmes bonheurs et malheurs sous l'armure craquelée. Mais quant ils sont poisons, ils nourrissent les plus horribles et inavouables obsessions. Tout au fond je voudrais tellement qu'on les voit, qu'on les comprenne et qu'enfin on me croit quand je dis avec cette soi-disant ironie que je suis réellement comme ça. Plus de moi ni de surmoi, juste du ça. Parce que oui je suis quand même un tantinet torturée et que je n'ai jamais vraiment su si je devais changer. Mère nature m'a peut–être confrontée à un trop grand ego et que la victoire n'est pas encore gagnée. Je pense décidément un peu trop par rapport à ce que je voudrais bien faire paraître. Me complais-je à ce point dans ma fausse fierté ?
-je suis quand même pas mal troublée
-après tout c'est ce que tu voulais
-j'en ai marre de faire comme si j'étais celle qui doit supporter
-t'en as pas marre de râler ?
-tu ne voudrais pas la fermer ?!
La vie n'est ni plus ni moins qu'une complexe nuance de simples gris qui s'embrume petit à petit comme mon esprit. Pourtant il s'agit bien de ce dernier qui a toujours eu cette puante envie que de se vider ; pleurer ou saigner. Le scarabée est une éphémère chimère qui se sent vivre dans une banalité à en crever et qui malgré cela l'a toujours aimée sa banalité. Je crois bien que le scarabée, lui, a très envie d'essayer de s'envoler ; quitte à tomber, au moins il aura essayé et ne le regrettera pas.
-s'il te plais attends-moi !
-viens-là, envole-toi...
Cleo



